Un musée CRAY au Centre Midi de l'EPFL
par Werner Schwarz, Cray Research Suisse
Pour marquer l'importance qu'elle donne à son partenariat avec l'EPFL
dans le cadre du projet PATP (Parallel Application Technology
Program) la maison Cray Research a décidé d'exposer à l'EPFL 2
superordinateurs: un Cray XMP/48 provenant du CERN et le Cray-2 qui a
fonctionné pendant plus de 5 ans au SIC.
Ces deux machines sont visibles au 1er niveau du Centre Midi. Avec le
Cray-1 disposé à l'entrée du SIC, l'EPFL possède ainsi une exposition,
unique au monde, de l'évolution des concasseurs de calculs que sont
ces super-ordinateurs.
Un peu d'histoire
1972
Seymour Cray, père des ordinateurs scientifiques, co-fondateur de
Univac, puis de CDC, fonde la société Cray Research. But de la
compagnie: produire le premier ordinateur vectoriel afin de donner aux
scientifiques (mais bien sûr aussi aux militaires) l'outil
indispensable pour calculer ou simuler les problèmes de plus en plus
complexes de physique, de mécanique, de mathématique...
1976
Sortie du premier Cray, le Cray-1. Succès total, avec 160 MFLOPS
(millions d'opérations à virgule flottante par seconde), une nouvelle
barrière est franchie. Au total une cinquantaine de machines de ce
type seront construites; mais, chaque machine sera différente,
profitant de l'évolution de la technique et des connaissances.
1982
Sortie du premier XMP. C'est le premier super-ordinateur
multiprocesseurs. Ce modèle, une amélioration du Cray-1 par
l'utilisation de puces de 16 gate-arrays (16 fonctions logiques par
puce), 4 portes mémoires par processeur (1 pour le Cray-1), un temps
de cycle de 9.5 nano-secondes (10-9) (12,5 pour le Cray-1) et une
mémoire maximale qui passe à 2 MWords (2 millions de mots de 64 bits)
à 8 MWords, 2 processeurs permettent une puissance théorique de 420
MFLOPS, mais surtout une nette augmentation de la puissance effective
grâce à une bande passante processeur-mémoire triplée. Ce modèle fut
signé par Steve Chen, la nouvelle étoile montante des architectes
d'ordinateurs scientifiques.
1986
La famille XMP s'agrandit d'un modèle à 4 processeurs. Il peut
disposer en plus de la mémoire centrale d'une mémoire externe (SSD)
maximale de 512 MWords (4 milliards d'octets) reliée au système
central par un canal à haute vitesse (1000 Méga-octets/seconde) pour
une puissance totale théorique de 936 MFLOPS. Le numéro de série 201,
prototype de ce modèle, fonctionna de mars 1988 à mars 1993 au Cern.
Il s'agit d'un système à 4 processeurs, mémoire de 8 MWords (64
millions d'octets), 1 SSD de 128 MWords (1 milliard d'octets) et d'un
sous-système d'entrées/sorties à 4 processeurs avec mémoire tampon de
8 MWords. C'est l'unité centrale de ce système qui est exposée au
Centre Midi.

photo: Alain Herzog
1985
Arrivée du Cray-2. Dès 1980 Seymour Cray s'était lancé dans un nouveau
défi: un super-ordinateur à grande mémoire afin de répondre aux
exigences des problèmes scientifiques de plus en plus gourmands
(météo, recherche pétrolifère, dynamique des fluides, guerre des
étoiles), un temps de cycle plus rapide, une architecture très
compacte afin de diminuer les distances entre les composants, l'étude
d'un nouveau matériau avec un temps de commutation plus rapide que le
silicium, l'arséniure de gallium. Le fruit de ses recherches fut une
machine avec une nouvelle architecture composée d'un processeur
primaire (foreground), de 4 processeurs secondaires (background) et
d'une mémoire centrale de 256 MWords (2 milliards d'octets). Les
processeurs secondaires vectoriels sont composés de plusieurs unités
fonctionnelles, d'une mémoire locale et ont une puissance théorique
totale de 1950 MFLOPS. Le processeur primaire gère les secondaires et
les entrées/sorties. Les dimensions de la machine en forme de C (arc
de cercle de 300 degrés) sont très modestes, 135cm de diamètre et 114cm de
haut pour 14 colonnes de modules. Ces derniers, au nombre de 300, sont
tridimensionnels, 8 circuits imprimés, chacun contenant 128 puces à 16
fonctions logiques. Les puces en arséniure de gallium n'étant pas
disponible à grande échelle, il fut nécessaire d'utiliser la logique
ECL (emitter coupled logic) pour atteindre le cycle de base de 4.1
nano-secondes. Pour absorber la chaleur de 220KW produite par les
280'000 puces, toute la machine est plongée dans un liquide neutre, le
fluorinert, refroidi par de l'eau dans des échangeurs de chaleur.

photo: Alain Herzog
Evolution à l'EPFL
Février 1986
Installation du premier super-ordinateur, le Cray-1 numéro de série 41
(à l'EDF, Electricité de France de 1983-1986), au centre de calcul de
l'EPFL. Cet ordinateur est actuellement exposé à l'entrée du SIC.
Septembre 1988
Le Cray-1 est remplacé par le Cray-2 (2 processeurs, 256 MWords de
mémoire), numéro de série 2019. Six mois plus tard le nouveau système,
pourtant 6 fois plus puissant, est déjà saturé.
Septembre 1990
Extension du Cray-2 à 4 processeurs, pour pallier au besoin de
puissance de calcul des utilisateurs, mais très vite la machine sera
de nouveau saturée.
Avril 1992
Dans le cadre du projet SUSP, installation de Pascal, un Y-MP/4E à 2
processeurs et 64 MWords de mémoire pour une puissance théorique de
660 MFLOPS.
Novembre 1993
Démarrage du projet PATP avec l'extension du Y-MP/4E en un Y-MP M94 à
4 processeurs et 512 MWords de mémoire (puissance totale de 1320
MFLOPS).
Décembre 1993
Arrêt définitif du Cray-2 après 43'000 heures de disponibilité pour
les utilisateurs. C'est la deuxième machine exposée au Centre Midi. Il
nous a été souvent demandé pourquoi cet ordinateur toujours très
compétitif pour des applications nécessitant une grande mémoire est
mis au rebut. La raison est d'ordre financière. Les coûts de
l'infrastructure et de l'entretien sont très élevés et en rendent
l'exploitation trop onéreuse par rapport à une machine de la nouvelle
génération.
Avril 1994
Installation d'une machine MPP (massively parallel processing), le T3D
à 128 processeurs. Cet ordinateur a une puissance théorique de 19'200
MFLOPS, soit plus de 120 fois le Cray-1. Mais actuellement le
rendement d'une machine massivement parallèle en utilisation générale
est très faible par rapport à une machine vectorielle. En effet, la
programmation d'un MPP est très complexe et demande une nouvelle
approche. Les applications utilisant efficacement ce type
d'ordinateurs, ainsi que le savoir faire sont pratiquement
inexistants. Le but du projet de collaboration EPFL-Cray PATP est de
développer des applications à meilleur rendement tout en acquérant le
savoir faire de ces nouvelles techniques.
Conclusion
Avec le Cray-1, le XMP et le Cray-2, l'EPFL expose les machines qui
ont le plus marqué l'avènement des super-ordinateurs, donc un
patrimoine important de l'évolution technologique de l'informatique
scientifique de puissance de cette fin de siècle.
article paru dans le Flash informatique no 6 du 21 juin
1994